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Bienvenue Nous vous invitons à lire ici des articles clairs, concrets et efficaces, rédigés par les membres de l’équipe médicale du CIEM. Notre volonté est de vous sensibiliser à travers une information fondée sur nos compétences et notre expérience.
Bonne lecture.
L’équipe médicale du CIEM.

Un vibrant plaidoyer pour l'auto-mesure tensionnelle

Parmi les facteurs de risque cardiovasculaires, l'hypertension artérielle (HTA) est de loin le plus important, de part sa fréquence. En effet, en France, on estime que 7 millions de personnes sont hypertendues, avec une fréquence qui augmente avec l'âge (30 % à 40 ans, 50 % à 60 ans et plus de 75 % à 80 ans). Dans le monde, la mortalité annuelle imputable est estimée à 7 millions, bien supérieure à la mortalité par maladie infectieuse, si bien que les anglo-saxons la surnomme « the serial killer ». La principale cause de décès est l'accident vasculaire cérébral (30 % pourraient être évités si la pression artérielle était équilibrée).

L'HTA n'entraîne le plus souvent aucun symptôme et est découverte lors d'un examen médical, par exemple lors d'une visite au CIEM. De ce fait, mesurer la pression artérielle est un acte essentiel de la consultation en médecine générale et en cardiologie. Malheureusement, la mesure de la pression artérielle lors d'un examen médical est très imparfaite. Malgré des conditions optimales (au moins 3 mesures, aux 2 bras, après 15 minutes de repos en position allongée), des erreurs par excès ou défaut peuvent être commises. Par excès, où la pression artérielle est majorée par le stress (effet « blouse blanche », environ 25 % des cas). Par défaut, avec une HTA méconnue du fait de chiffres normaux lors d'un examen (HTA « masquée », 10 à 15 % des cas). Les conséquences sont majeures car il ne s'agit pas de traiter une HTA « blouse blanche » dont le pronostic est équivalent à un patient normo-tendu. A l'inverse, il ne faut pas méconnaître une HTA masquée, de pronostic identique à l'HTA découverte lors d'un examen médical.

Alors, comment faire ? D'abord multiplier les mesures. Historiquement, les recommandations françaises et internationales préconisent d'attendre au moins 3 mois, le temps d'optimiser les règles hygiéno-diététiques (diminution des apports sodés, perte de poids, activité physique régulière). Ainsi à la suite de votre bilan au CIEM, pour affiner le diagnostic, on pourra être amené à vous proposer de réaliser un holter tensionnel ou MAPA (mesure ambulatoire de la pression artérielle). Réalisé dans de bonnes conditions, il permet le recueil de 60 à 70 mesures en 24 heures, notamment la nuit. Cette technique a plusieurs inconvénients : nécessité de consulter un cardiologue, acte non remboursé par la sécurité sociale (malgré son utilité...), contraintes de la machine (le bruit généré n'est pas forcément du meilleur effet lors d'une réunion de direction...).

Plus récemment, avec le développement de tensiomètres automatiques et sous l'impulsion de plusieurs équipes françaises, l'auto-mesure tensionnelle a été standardisée.

En fait, le principe, très simple, est de suivre la règle des 3 : 3 mesures de pression artérielle le matin (entre le lever et le petit déjeuner), 3 mesures le soir (entre le dîner et le coucher), en position assise, pendant 3 à 5 jours. Pour aider les patients, plusieurs sites internet ont été développés. Sur le site « automesure.com », on peut trouver la liste des tensiomètres validés par l'Agence Française de Sécurité des Produits de Santé. On préférera les modèles qui s'adaptent au niveau du bras, plus précis. Sur ce site, on peut entrer les données dans un tableau permettant le calcul de la pression artérielle moyenne (la normale étant < 135/85 mmHg, et non pas 140/90 mmHg comme lors d'un examen médical, car on fait abstraction de l'effet blouse blanche).

Les avantages de l'automesure sont multiples : affiner les résultats (comme nous l'avons vu), contrôler l'efficacité d'un éventuel traitement médicamenteux. Ensuite, et surtout, les patients deviennent acteurs de la prise en charge de leur HTA (et non pas spectateurs). Ce point n'est pas négligeable quand on sait que seuls 30 % des hypertendus sont correctement traités. Parmi les causes, la mauvaise observance thérapeutique (prise imparfaite, voire nulle, du traitement) et la réticence du médecin à augmenter le traitement anti-hypertenseur (concept « d'inertie clinique ») sont les plus fréquentes. Rendre les patients acteurs de leur prise en charge devrait permettre d'améliorer ces statistiques peu glorieuses.

Quelles sont alors les limites de l'automesure ? Elles sont peu nombreuses et dépendent du patient. Certaines personnes âgées (défaut de compréhension, mauvaise vue...) ne sont pas éligibles. De même, les patients très angoissés risquent d'abuser de la méthode (recueillir 250 mesures ne sert à rien...), un cycle mensuel jusqu'à obtention d'un contrôle tensionnel parfait puis tous les 3 à 6 mois étant un protocole raisonnable.

Pour conclure, l'automesure tensionnelle est pour nous un complément indispensable de la « simple » mesure de la pression artérielle lors d'un examen médical.

Docteur David BAQUET
Docteur David BAQUET
Cardiologue du CIEM
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